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Manifestation de restaurateurs à Marseille, cafetiers et gérants de discothèque : «La faim est proche...!»

Ils étaient plusieurs milliers à défiler contre la fermeture de leur restaurant, bar, discothèque ou cabaret, soutenus par divers acteurs de la filière et des clients solidaires. Reportage.

Manifestation de restaurateurs à Marseille, cafetiers et gérants de discothèque : «La faim est proche...!»

Par : Thomas Rabino | marianne.net

En ce début d’après-midi ensoleillé, plusieurs milliers de manifestants, venus parfois de loin, se massent sur le Vieux-Port, en face de la mairie. Lancé la semaine dernière à l’initiative l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) de Paca et d’Occitanie, rejoint par la Chambre de commerce d’Aix-Marseille et d’Arles, la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) et ralliés par des dizaines de maires ou d’adjoints des communes environnantes, l’appel à manifester « pour l’ouverture des cafés, restaurants, hôtels, discothèques » a été largement entendu.

Le départ du cortège en direction de la préfecture est imminent, quelques fumigènes sont allumés tandis que des bateaux font retentir leur sirène en signe de soutien à cette foule masquée et hérissée de banderoles : « Le Covid-19 nous rend malade, les assureurs nous asphyxient, le gouvernement va nous enterrer. Bougeons-nous ! », « Je suis non essentiel », « La faim est proche » ou « Laissez-nous travailler ». Les 7 à 8 000 personnes présentes, selon les organisateurs, ont en tête l’allocution présidentielle du 24 et la programmation de la réouverture des restaurants le 20 janvier, « si le nombre de contaminations demeure en dessous de 5 000 cas par jour ». Une date qui ne passe pas, tout comme son caractère hypothétique.

"JE NE TIENDRAI PAS"

« C’est trop loin ! Je ne tiendrai pas ! Je suis au-delà de la colère », martèle Jean-Pierre, restaurateur à Aubagne. Partout, c’est l’incompréhension qui domine. Exaspéré, on pointe « les cantines scolaires, les restaurants d’entreprises et les grandes surfaces ouverts », quand eux, « après avoir investi des milliers d’euros en matériel sanitaire et amputé leur capacité de 30 % », s’estiment traités comme des « pestiférés », « boucs émissaires de la mauvaise gestion gouvernementales ». Même refrain, en plus énervé, chez les patrons de bars et de discothèques, leur personnel, danseuses et autres intermittents, rassemblés derrière un mot d’ordre : « La nuit doit revoir le jour ».

Le départ du cortège a pris du retard quand la maire de Marseille tweete qu’elle va « écrire au Président » pour réclamer l’ouverture des restaurants le midi, de façon à s’aligner sur « la restauration collective », toujours autorisée. « C’est bien qu’elle dénonce une injustice, mais ce n’est pas assez », relève José, patron d’un restaurant en bord de mer : « Là, si on perd Noël et surtout le jour de l’An, je ne vois pas comment on pourra s’en remettre ».

"SUICIDES EN COURS"

La dimension économique du problème, n’est pourtant pas la seule invoquée : « Ce boulot, pour nous, c’est des sourires, du bonheur. Celui des fêtes est décuplé. Là, ce sera mort », lâche, atone, Olivier, qui a ouvert son restaurant à Marseille il y a trois ans. « Je n’ai pas de trésorerie et je suis plus endetté que jamais. Je ne vois pas d’issue. » Quid des différents dispositifs d’aides ? Il y a notamment la possibilité de percevoir à partir de décembre jusqu’à 10 000 € mensuels, soit, promettait Jean Castex le jour-même, « une compensation représentant 20 % du chiffre d’affaires »… avec un certain flou sur le plafond. « C’est très bien, et je réalise la chance qu’on a, en France, de pouvoir en bénéficier reprend Olivier. Mais ça ne compensera pas tout. J’ai un gros loyer, des assurances à payer, et le chômage partiel n’existe pas pour les patrons, même s’ils sont petits… »

« Avec mon mari, on devait lancer notre affaire l’année dernière. Là, c’est foutu. Impossible d’avoir un crédit, et avec cet avenir incertain… »

Jean-François, chef cuisinier, et Laeticia, maître d’hôtel, ont fait la route depuis Lamalou-les-Bains, dans l’Hérault : « On a droit au chômage partiel, mais on voit la souffrance de nos patrons », glisse Jean-François. Laetitia a écrit au dos de sa tenue de service : « Suicides en cours. » Comme ses collègues, elle pense à Ghislaine Boriller, une restauratrice du Morbihan âgée de 36 ans et mère d’un petit garçon, qui a mis fin à ses jours le 15 novembre dernier. « Il y a aussi ceux dont on ne parle pas », souffle Laetitia, qui porte un petit cercueil noir. Son épitaphe : « Ci-gît mon restau ». Elle explique : « Avec mon mari, on devait lancer notre affaire l’année dernière. Là, c’est foutu. Impossible d’avoir un crédit, et avec cet avenir incertain… »

"ON REDÉMARRE MAINTENANT OU ON COULE"

Chez les professionnels du cru, la tension atteint son paroxysme, comme en attestent les coups de gueule télévisés de Bernard Marty, patron local de l’UMIH, présent en tête de cortège. « On ne peut pas se satisfaire de leurs petits cadeaux ! », peste-t-il de nouveau. À Aix et Marseille, ses collègues et lui sont à bout : ils ont commencé par rouvrir le 2 juin, fermé le 27 septembre, rouverts le 5 octobre, avant d’être contraints de fermer à 22 h, puis minuit à compter du 12, pour être ensuite placés sous le régime du couvre-feu à partir du 16 (comme dans sept autres métropoles), puis refermer à 22 h. Et enfin, baisser le rideau avec le reconfinement du 30 octobre. « On n’y comprend plus rien, on n’a pas d’horizon clair », déplore Nicolas, propriétaire de deux restaurants à Aix.

C’est toute une filière qui est représentée, à l’image de Charles Coppola, créateur de Sésame, un guide culinaire local, privé de publicités, et donc de 40 % de son chiffre d’affaires. « Je suis un dommage collatéral », résume-t-il. Tout comme Cédric Angelone, président du Syndicat des activités événementielles : « On ne travaille pas depuis neuf mois. – 85 % de chiffre d’affaires ! Plus de 50 % des entreprises du secteur n’ont plus que 120 jours de trésorerie. Comme il faut trois mois pour organiser un événement, on redémarre maintenant ou on coule ! » C’est tout le sens d’un recours doublé d’une requête en référé déposés par l’UMIH le 20 novembre dernier devant le Conseil d’État.

Arrivés à la préfecture, les représentants des restaurateurs, entourés du président de région Renaud Muselier et Martine Vassal, présidente de la métropole, sont reçus à la préfecture. Acclamé par la foule, Frédéric Jeanjean, secrétaire général de l’UMIH, lance : « Il n’y a pas de débat. On veut rouvrir et c’est tout ! » Suit une Marseillaise, avant que Bernard Marty et ses pairs ne sortent enfin, face à un public clairsemé : « Nous n’accepterons pas la clause de revoyure qui nous a été proposée le 15 décembre, c’est beaucoup trop tard. » Rendez-vous est pris pour une nouvelle manifestation, cette fois à Paris […]


(SOURCE) : marianne.net LIRE L'ARTICLE COMPLET



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