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Occident : Recep Tayyip Erdoğan souffle le chaud et le froid

Acculé devant une crise économique de plus en plus problématique, le « reis » rechigne à se rapprocher de ses partenaires occidentaux. D’un côté, des paroles engageantes. De l’autre, à l’encontre des promesses faites à l’Europe sur l’état de droit, l’annonce de la condamnation à la prison à vie de 337 personnes accusés d’avoir participé au pseudo-putsch de 2016…

Occident : Erdogan souffle le chaud et le froid

Par : Stéphane Aubouard | marianne.net

Au début du mois de novembre, alors en pleine guerre ouverte contre Emmanuel Macron qu’il accuse d’islamophobie, Recep Tayyp Erdogan décide d’esquisser un geste de rapprochement envers ses partenaires « proche-occidentaux ». Le président turc se veut rassurant et il le dit fermement en « renouvelant » son attachement à l'Europe. Le haussement de ton d’Angela Merkel quelques jours plus tôt à l’égard du « reis » n’y est sans doute pas étranger, elle qui jusqu’alors avait été peu solidaire de la France notamment en matière de lutte contre le terrorisme islamiste.

Mais plus sûrement encore, la situation catastrophique de la Turquie, minée par une triple crise économique, financière et sanitaire sans précédent, aura poussé le « reis » à un peu plus de tenue voir même de diplomatie. Dans la foulée de sa déclaration d’amour au vieux continent, le chef de l’AKP promet cette fpis-ci la mise en place de réformes judiciaires importantes pour « renforcer l'état de droit » afin notamment de rassurer les investisseurs étrangers... Mais l’adage est bien connu : chassez le naturel et il revient au galop.

ARRESTATIONS ET PROCÈS ARBITRAIRES

Jeudi 26 novembre, le régime d’Erdogan a en effet donné une version toute personnelle de ce « renforcement de l’état de droit », en annonçant la condamnation à la prison à vie de 337 citoyens turcs dont des officiers et pilote de l’armée. Tous auraient été impliqués dans le pseudo-putsch des 15 et 16 juillet 2016 qui a fait près de 2 000 blessés et une centaine de morts. Et tous seraient des « terroristes » qu’ils fussent d’origine kurdes et donc soupçonnables d’accointance avec le PKK, ou proches des réseaux de son ex-ami, le prédicateur islamiste Fetullah Güllen... celui-là même qui l’avait aidé à gravir les échelons du pouvoir au début des années 2000.

Pour rappel, en quatre ans, la purge initiée par Recep Erdogan a abouti à l’arrestation de dizaines de milliers de personnes, et au limogeage ou à la suspension de leurs fonctions de 140 000 autres. Quant aux tribunaux, d’après les chiffres des autorités, ils auraient à ce jour prononcé des condamnations à l’encontre de quelque 4 500 personnes, infligeant des peines de prison à vie à près de 3 000 d'entre elles. Un record dans la Turquie moderne, et une inquiétude renouvelée notamment pour les organisations de défense des droits de l’Homme qui pointent des arrestations et des procès arbitraires minés par les incohérences et les vices de formes.

UNE TIRELIRE QUI SONNE DE PLUS EN PLUS CREUX

Alors, hasard d’un calendrier judiciaire impossible à freiner, ou pied de nez supplémentaire du calife à l’égard des dirigeants européens ? Quoi qu’il en soit, l’état de santé actuel de l’« État de droit » en Turquie n’est guère encourageant pour que des investisseurs remettent quelques billes du côté du Bosphore. Si elle lui fait gagner de la popularité auprès de sa base électorale, la tendance va-t-en guerre du « reis », commence à lui coûter sérieusement cher en argent sonnant et trébuchant.

L’utilisation de l’armée turque aussi bien en méditerranée orientale, qu’en Libye, en Syrie et récemment en soutien au frère turcique azéri dans le Haut-Karabakh, a largement contribué à taper dans une tirelire qui sonne de plus en plus creux. L'an dernier, le géant de l'automobile allemand Volkswagen qui avait suspendu sa décision d'ouvrir une usine en Turquie s’était dit « préoccupé » par le déclenchement en Syrie d'une offensive d’Ankara contre des milices kurdes. Cette installation était très attendue en Turquie, car créatrice de milliers d’emplois. Mais le constructeur allemand a finalement décidé d’arrêter les négociations en juillet, officiellement en raison de la Covid 19. En réalité parce que ses dirigeants ne voulaient pas que l’image de la marque soit reliée aux guerres d’Erdogan. Plus parlant encore, en un an, la livre turque a perdu près du quart de sa valeur face au dollar depuis le début de l'année.

DÉMISSION DU GENDRE DU SULTAN

A force de tirer sur la corde, le régime militaro-islamiste d’Erdogan pourrait bien se retrouver face à une crise politique doublée d’une crise sociale profonde. D’autant que sur le plan international, le chef turc a perdu gros avec la récente élection de Joe Biden aux États-Unis. Ses relations de proximité avec Donald Trump ne pourront plus le protéger de certaines décisions unilatérales en matière militaires qui jusqu’à présent lui assuraient une certaine popularité en interne. Et les ambitions de la nouvelle administration états-unienne qui a d’ores et déjà annoncé sa volonté de remettre le drapeau américain sur le devant de la scène internationale, annonce un rebattement des cartes. Autrement dit, un retour à une forme toute relative du multilatéralisme à l’Américaine pourrait clairement obliger le « reis » à revenir à une attitude diplomatique moins agressive notamment vis-à-vis de l’Europe.

Ces changements en vue sont-ils en relation avec la double démission en trois semaines de Berat Albayrak, officiellement pour raisons de santé ? Après avoir quitté son siège de ministre des finances début novembre, le sulfureux gendre du sultan a en effet laissé vacant son poste de vice-président du Fonds souverain de Turquie d’une valeur de 177 milliards d’euros. Pour rappel le nom de Berat Albayrak avait été mêlé de près en 2016 à un trafic de pétrole présumé avec l’État islamique. A l’époque, la CIA – malgré 57 000 mails personnels du gendre d’Erdogan alors ministre de l’énergie publiés par Wikileaks et censés démontrer les liens de ce dernier et l’état turc via l’entreprise powertrans avec l’EI– avait passé l’éponge en affirmant que l’état turc n’était pas impliqué. Peut-être qu’aujourd’hui, la nouvelle administration aimerait voir d’autres têtes pour parler gros sous.

Mais peut-être aussi la « démission » du gendre n’est-elle que le fruit de son incompétence. Le passage aux finances de celui qui fut longtemps désigné « second homme le plus puissant de Turquie », est pour ainsi dire catastrophique : depuis sa nomination en 2018, non seulement la livre turque s'est effondrée face au dollar mais pire encore, les réserves de change de la banque centrale ont fondu comme neige au soleil […]


(SOURCE) : marianne.net LIRE L'ARTICLE COMPLET



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