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Pandémie : l’État se prend-il pour Dieu ?

La pandémie a entraîné une redéfinition anthropologique par le pouvoir, observe l’éditorialiste de politique internationale et essayiste Christian Makarian. Tribune.

Pandémie : l’État se prend-il pour Dieu ?

Par : Christian Makarian | valeursactuelles.com

Nous ne sommes qu’au début du recensement et de l’analyse des profonds effets de la crise sanitaire de 2020 sur la société française. Nul doute que les expertises et les prédictions, déjà nombreuses et souvent contradictoires, ne vont cesser de pleuvoir ; elles animent déjà un vif débat dont les retentissements politiques alimentent les calculs des uns et des autres dans la perspective de l’élection présidentielle, qui s’inscrira forcément dans le sillage de la pandémie. Le verdict de 2022 sera-t-il un prolongement ou une conclusion de l’épisode proprement inimaginable que nous vivons au jour le jour ? Nul doute qu’Emmanuel Macron aimerait être à la fois celui qui y mettra un point final et celui qui en tirera la force de prolonger sa présidence.

La question centrale revient donc à une réflexion sur le pouvoir. La pandémie, dans sa version française, a consisté à remettre l’État au centre de tout et à faire de l’État l’arbitre suprême du droit à la vie. Dans l’histoire bimillénaire de la France, jamais le destin humain n’a autant dépendu de l’échelon politique central, qui s’est ainsi autosaisi du principe vital. Considérant que la vie humaine n’avait pas de prix, que la définition purement biologique de l’humanité devait surpasser toutes les autres dimensions que sont l’esprit, le coeur et l’âme, les responsables gouvernementaux ont pris la décision de conditionner toute la respiration de la nation à la mise sous cloche à des fins sanitaires. Le fait d’être vivant l’a emporté sur le fait de vivre ; échapper au virus, ou en réchapper, a supplanté les autres composantes essentielles de l’humain, l’affection des proches, le lien social, l’éducation et la culture. Aucune épidémie n’avait jusqu’ici entraîné une telle redéfinition anthropologique. Il n’est pas question ici d’incriminer les femmes et les hommes qui en ont voulu ainsi, car, à vrai dire, d’autres décideurs qu’eux n’auraient à l’évidence pas fait beaucoup mieux ; il s’agit de méditer sur ce choix fondamental, qui, à l’évidence, a été consenti par la grande masse des citoyens malgré les protestations et les coups de colère des corporations touchées.

L'État providence en guise de vaccin

Il est saisissant de constater que l’asthénie qui a frappé le pays tout au long de l’année écoulée, avec une pause estivale jugée rétrospectivement fautive, s’est accompagnée d’une sorte de festin morbide de la bureaucratie. Un repas de fauves, où l’instinct commande de dévorer par décret la sphère individuelle sans autre but que la survie de l’espèce étatique. C’est avec le désir plus ou moins inconscient de contrôler tout délitement de l’État, dicté par l’angoisse de ne pas perdre la mainmise séculaire par laquelle il se définit, que le pouvoir exécutif a tenté de résoudre la principale des contradictions françaises : un État providence subliminal, dont on attend tout, et un État bouc émissaire intégral, auquel on attribue tous les vices.

Au sommet de la pyramide, le président de la République campe la figure tutélaire, respectée par certains ou honnie par d’autres, de celui qui doit faire des miracles sous peine d’être congédié sous les huées. Il ne guérit plus les écrouelles, comme le roi était réputé en avoir jadis la vertu, mais il s’estime protecteur des bilans de santé individuels. Du reste, le Premier ministre désigné à la faveur du premier déconfinement, incarne le fonctionnaire d’autorité bien davantage que celui qui, supposé être porteur d’un projet politique, doit assumer la responsabilité du gouvernement devant l’institution parlementaire. Ce couplage nourrit à son tour une autre contradiction criante : le président tout-puissant paraît être le seul habilité à annoncer les mesures sanitaires habituellement dévolues à des responsables ministériels. Le résultat, assez étrange au regard de nos traditions, culmine dans l’inhabilité du pouvoir exécutif à bien conduire le déconfinement, forcément mené à pas très feutrés, encore une fois bureaucratiques : il est beaucoup plus facile de serrer les boulons que de les desserrer sans faire rebondir l’épidémie. Gageons que la vaccination, trop discréditée aux yeux de nombreux Français qui ont vu l’État faillir (sur les masques, les tests, l’application StopCovid…), mettra un terme plus heureux à ces bouleversements.

La raison hygiéniste a perturbé de façon inédite notre rapport à la mort, par ignorance, par bureaucratie. 

Il ressort de toutes ces considérations, et de bien d’autres encore, que la crise que traverse la France est véritablement métapolitique, elle marque un sommet dans l’épuisement de l’État-nation, qui était tout entier fondé sur le principe de la responsabilité propre des citoyens et du transfert de la souveraineté populaire à des élus comptables de leurs actes publics, non pas chargés de régir les comportements privés. Le prestigieux journal allemand Die Zeit a pu ainsi qualifier la France de véritable Absurdistan monarchique, tout à fait unique en Europe : définition arbitraire des commerces « essentiels » et « non essentiels », multiplication des autorisations de sortie, distances kilométriques autorisées et révisées, autoattestations… Cet attirail a eu pour principal effet de détruire la confiance dans les mesures prises comme dans ceux qui les prennent. Confiance déjà fortement érodée par les errements, affichés en direct, de la caste savante et médicale, à laquelle il faut pourtant concéder que le doute est le propre de la science. Dans un petit essai prophétique, le Savant et le Politique (La Découverte), dans lequel il a forgé le concept de « désenchantement du monde », le grand penseur allemand Max Weber écrit : « L’État moderne est un groupement de domination de caractère institutionnel. » Il ajoute : « Le devoir du médecin consiste dans l’obligation de conserver la vie purement et simplement et de diminuer autant que possible la souff rance. […] Mais la médecine ne se pose pas la question si la vie mérite d’être vécue et dans quelles conditions ? » Or, l’impression aujourd’hui dominante est que l’État se préoccupe de répondre obsessionnellement à cette question-là, il semble même se l’être appropriée, arrogée, en jugeant que la mort n’était plus tolérable, qu’elle ne faisait plus partie du logiciel de notre civilisation. Le philosophe Damien Le Guay, vice-président du Comité national d’éthique du funéraire, a raison de parler de « défatalisation » de la mort. « Auparavant, rappelle-t-il, la mort relevait du sacré et supposait qu’on doive l’accompagner… La raison hygiéniste a perturbé de façon inédite notre rapport à la mort, par ignorance, par bureaucratie ». L’État providence croit de ses prérogatives de nous protéger de la mort. L’État se prend-il pour Dieu ? […]



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