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Attentats du 13-Novembre : Comment les victimes se préparent-elles à témoigner ?

Parmi les victimes des attentats du Bataclan, des terrasses parisiennes ou du Stade de France, certaines hésitent encore à livrer leur récit à la barre, pendant que d’autres se préparent activement

Image d'illustration

Par : Hélène Sergent / 20minutes.fr

L’ESSENTIEL

  1. Le procès des attaques terroristes du 13 novembre 2015 s'ouvre pour neuf mois, mercredi 8 septembre 2021, devant la cour d'assises spéciale de Paris.
  2. Près de 1.800 parties civiles seront représentées à l’audience.
  3. Le tribunal a d’ores et déjà prévu d’entendre 300 victimes pendant le procès entre les mois de septembre et novembre.

Depuis le 13 novembre 2015, Vincent s’est plusieurs fois imaginé la scène. « Je vois ce moment où j’aurai fini de parler. Je vais tourner le dos à la cour et partir. » Pour ce trentenaire, partie civile au procès des attentats du Bataclan, des terrasses parisiennes et du stade de France, il ne s’agit pas seulement de « témoigner », mais également de « déposer » : « C’est comme se délester d’un paquet, le donner à la société et pouvoir se dire, après, "la vie continue". » Victime de l’attentat commis par Brahim Abdeslam au comptoir Voltaire (11e), ce Parisien est sûr désormais « à 90 % » de témoigner.

Comme lui, près de 1.800 victimes des attaques terroristes de Paris et Saint-Denis seront représentées au procès qui doit s’ouvrir mercredi. Pour les entendre, la cour d’assises spéciale a d’ores et déjà prévu 150 heures d’audition, réparties entre les mois de septembre et de novembre. Mais comment faire le récit de sa vie bouleversée, de celles qui se sont arrêtées ce soir-là et pourquoi ? Traversées par ces questionnements, certaines victimes hésitent encore à s’avancer à la barre.

Une phase de préparation

Vincent, lui, a longuement réfléchi à ce qu’il souhaitait dire à la cour. « Je compte raconter ce que j’ai vécu ce soir-là, évidemment. Mais aussi les conséquences de l’attentat sur ma vie, positives et négatives, parce que ce n’est pas tout blanc ou tout noir », explique-t-il. Au début de l’été, le jeune homme a informé ses proches de sa volonté de témoigner. Depuis, il a tenu à les préparer : « Ils risquent d’entendre des choses violentes, que je ne leur ai jamais dites. Jusqu’à présent, j’ai mis des filtres sur certains pans de mon histoire, mais je ne compte pas le faire pendant mon témoignage. »

Pour faciliter leur prise de parole le jour-J, les associations de victimes ont multiplié les initiatives à destination de leurs adhérents. « On fait des points réguliers pour leur expliquer qui fait quoi dans une cour d’assises. L’année dernière, on a aussi emmené une petite vingtaine de volontaires au procès des attentats de janvier 2015 pour qu’ils puissent voir à quoi ça ressemble », détaille Arthur Dénouveaux, président de Life for Paris. Au cours de l’été, des visites de la salle d’audience, construite spécialement pour l’occasion dans l’enceinte du palais de justice de l’île de la Cité, ont été organisées.

« C’était un moment important. On a pu prendre connaissance du lieu et visualiser concrètement comment ça allait se passer. La pression sera particulièrement forte, donc prendre la parole dans un lieu déjà connu peut aider », complète Philippe Duperron, président de l’association 13onze15. Des sessions de « media training », pour préparer la prise de parole en public, et des rencontres avec des parties civiles qui ont témoigné au procès des attentats de Charlie-Hebdo et de l'Hypercacher ont également été proposées.

Des hésitations et des freins

« On sent que la pression monte. On reçoit des questions de plus en plus précises comme : "Est-ce que je dois demander à mon employeur un jour de congé le jour où je dois témoigner au procès ?" », illustre Arthur Dénouveaux. Si l’ouverture de l’audience approche à grands pas, les victimes des attentats du 13 novembre peuvent signaler jusqu’au dernier moment leur volonté de témoigner. « Pour des questions d’organisation, le président de la cour d’assises pousse pour savoir le plus en amont possible combien de personnes veulent s’avancer à la barre. Le tribunal table pour le moment sur 30 minutes pour 300 victimes. Honnêtement, certaines feront beaucoup moins et d’autres beaucoup plus. Mais 150 heures de témoignages pour 1.800 parties civiles, c’est déjà pas mal », estime le président de Life for Paris.

Malgré le travail de préparation des associations, beaucoup hésitent encore. « Les victimes qui ont perdu un proche, mais qui n’étaient pas sur place le soir des attentats s’interrogent sur l’intérêt de leurs témoignages. Certaines d’entre elles se disent qu’elles n’apporteront rien d’un point de vue judiciaire ou sur le déroulé des faits », confie Philippe Duperron. D’autres, explique Arthur Dénouveaux, ont le sentiment d’avoir déjà tout dit à l’occasion de reportages ou d’interviews accordés à la presse.

L’attitude des avocats de la défense peut aussi être un frein, poursuit le trentenaire : « Ils redoutent d’y aller et de se faire passer sur le gril par les avocats du camp d’en face. On essaie de faire de la pédagogie, mais si des avocats se montrent très offensifs avec des experts ou des témoins, ça pourrait faire reculer certaines parties civiles ». Vincent, lui, redoute la charge émotionnelle à venir : « Je suis quelqu’un de très émotif, donc je vais pleurer à la barre. Je le sais. Même si j’ai l’habitude de parler en public dans le cadre de mon métier, là, ce qui va être difficile à gérer, c’est que c’est très personnel et très intime. »

Porter leur voix et celles de leurs proches

Pour autant, Arthur Dénouveaux le sait, ce moment est aussi très attendu parmi les victimes des attentats. « Il y a des personnes qui n’ont jamais témoigné jusque-là et qui vont y aller. Parce que ce témoignage à la barre, dans l’enceinte judiciaire, c’est le témoignage le plus "pur". ».

Comme Vincent, David Fritz, victime prise en otage par deux des trois terroristes au Bataclan, s’est décidé cet été à parler. « J’étais dans l’hésitation, j’ai fait la demande en me disant "au pire, je me rétracte". Même si j’ai passé six ans à raconter mon histoire, y compris dans un livre, ce témoignage-là a un autre poids », estime-t-il. Pour « maîtriser » au mieux ce moment, David a choisi de passer par l’écrit. « En général, j’arrive à m’exprimer sans dire de connerie, mais là, je pense que je le ferai relire aux gens les plus importants de mon entourage, mes parents et ma femme. Parce que c’est aussi leur voix que je compte porter. »


(SOURCE) : 20minutes.fr LIRE L'ARTICLE COMPLET



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